Mardi 22 juin 2010 2 22 /06 /Juin /2010 21:27

Madame la Conseillère Générale,

 

 

Par la présente, je souhaite apporter un éclairage circonstancié et quelques précisions qui me paraissent utiles sur les réflexions et les constats que vous faites, ainsi que les enseignements que vous tirez, dans votre réponse – publiée dans « Vosges Matin » du 06 juin 2010 - au texte que j’avais adressé à l’association Cadémovi et paru, pour une grande partie, sur ce même quotidien le 23 mai 2010.

 

Au préalable, permettez-moi deux observations :

En premier lieu, je regrette le ton polémique et condescendant que vous avez choisi d’employer dans votre mise au point, répondant à ce qui n’était, de ma part, qu’un cri du cœur, assorti de mes interrogations et de mes craintes, lancé par un enfant du village de Villoncourt qui refuse qu’on vienne « salir » et endommager le cadre naturel et verdoyant, jusqu’ici parfaitement préservé, dans lequel il a grandi… Vos commentaires, très instructifs au demeurant, par le recours délibéré à l’interpellation personnelle et le martelage systématique de mon nom dans chacun de vos paragraphes, semblent laisser transparaître une certaine irritation à entendre des propos qui dérangent…

La deuxième observation : sans prétendre à l’exemplarité dans ce domaine, mais pour resituer dans sa véritable mesure l’impact de mes propres déchets, dont il vous plaît de me rappeler qu’ils font partie du tonnage exploité par l’unité de Ménarmont, je vous précise que le Spinalien et citoyen responsable que je suis, trie systématiquement et avec soin, depuis un certain nombre d’années déjà, ses déchets ménagers, entrepose ses déchets « verts » dans un coin de son jardin afin de les transformer en compost, et utilise chaque fois que cela est nécessaire, la déchetterie mise à disposition des Spinaliens par la municipalité…

Par ailleurs, lorsque vous faites le procès des communes qui n’ont pas encore recours au tri des déchets - et je peux le comprendre - vous n’êtes pas sans ignorer que leurs habitants, pour leur grande majorité, ne sont pour rien dans cet immobilisme qui leur est imposé par les décisions de leur conseil municipal ou des représentants choisis de leur intercommunalité. A tel point que certaines familles, mécontentes de cette situation, font l’effort de transporter leurs sacs jaunes dans des communes proches ayant précisément fait le choix du tri des déchets…

 

Car la question essentielle – « Que fait-on des milliers de tonnes de déchets produits dans les Vosges, y compris les miens ? -, que vous me reprochez de ne pas poser, je conviens avec vous qu’elle est difficile et complexe. Mais c’est à vous, Madame, qu’il revient de la poser, mais surtout de la formuler différemment et de manière claire et précise, par exemple : « Comment concevoir et entreprendre une autre gestion de nos déchets que celle qui a cours actuellement, en mettant en œuvre des solutions alternatives moins polluantes, moins archaïques et donc moins dangereuses pour les populations environnantes ? » La transformation et l’élimination de nos déchets font partie intégrante, me semble-t-il, de vos prérogatives d’élue et de responsable politique.

Quand Madame la Conseillère Générale initie et participe à des opérations destinées à généraliser la pratique du compostage, une voie intelligente et rationnelle préconisée et encouragée par de nombreux organismes et collectivités, je ne peux que m’en féliciter… Mais lorsque la même conseillère générale souhaite ouvertement et sans barguigner la solution d’enfouissement sur de nouveaux sites – vos prises de position en faveur de l’exploitation des centres projetés sur Robécourt par Villers Service en 2008 et selon toute vraisemblance sur Villoncourt par SITA le 10 juin dernier, lors de la commission consultative du PDEDMA, en attestent - solution dont elle déplore à juste titre les conséquences fâcheuses dans son propre canton en reconnaissant les nuisances subies (trafic intense des poids lourds, désagrément des odeurs etc.) par les communes proches du site de Ménarmont, elle fait montre en l’espèce d’une bien étrange conception de la solidarité…

 

Car il faut que vous sachiez, Madame, qu’à titre personnel, je n’ai jamais associé la fermeture, souhaitable, du centre de Ménarmont à l’éventuelle ouverture ou autorisation d’exploiter d’un nouveau site sur les Vosges. Je ne m’inscris pas dans ce débat-là, même si je sais que c’est la préoccupation essentielle de l’état-major politique du département : trouver au plus vite un site en mesure de suppléer le centre d’enfouissement de Ménarmont…La situation que vous décrivez dans le canton de Rambervillers, j’en conviens volontiers, est déplorable parce que les capacités d’exploitation sont atteintes et même dépassées, j’ose même dire que c’est une situation inacceptable pour tous ceux qui en supportent les nuisances…Par ailleurs, je n’ignore pas le contexte économique précaire du canton de Rambervillers qui a payé un lourd tribut à la désertification industrielle, conséquence notamment de la chute de ce qui a été l’empire textile vosgien. Ce qui me fait dire, qu’ici comme souvent ailleurs, ce sont les populations les plus vulnérables, les familles les plus modestes qui doivent accepter de vivre avec des désagréments qu’ils subissent comme une sorte de fatalité…

 

Aussi, lorsque vous fustigez le manque de solidarité de ceux qui s’opposent au projet de Villoncourt, vous commettez une erreur d’appréciation… Les adhérents de Cadémovi et les habitants du secteur de Villoncourt, Sercoeur, Badménil, Padoux, Bayecourt, etc. ne sont pas des goujats et n’ont aucune raison de se réjouir des conditions de vie peu enviables imposées aux populations de Rambervillers, Doncières et alentours… S’il est vrai, comme vous semblez l’écrire, que vous êtes confrontée personnellement et quotidiennement aux odeurs et aux bruits inhérents à l’activité du centre de Ménarmont, croyez bien que je le regrette profondément. Je vous le dis en toute franchise : je n’aimerais pas être à votre place.

Pour autant, au nom de quels principes et de quelles valeurs faudrait-il reproduire, 30 ans après, les mêmes erreurs, et reconduire presque à l’identique des procédés d’exploitation dont on connaît les faiblesses, les contraintes et les risques. Est-il admissible que l’on veuille infliger à d’autres ce que l’on sait être néfaste pour soi comme si une forme d’alternance égalitaire à subir les mêmes inconvénients et les mêmes risques pouvait constituer une solution satisfaisante ? Curieuse manière de faire progresser les choses…

 

Dans votre réponse, en outre, en insistant sur les déchets ménagers, dont les miens, vous omettez délibérément l’aspect le plus sensible et le plus inquiétant de ce dossier : l’enfouissement des déchets dits ultimes, c’est-à-dire d’origine industrielle, même s’ils sont qualifiés de non dangereux parce que respectant pour l’heure les normes européennes en vigueur… comme vous le précisez opportunément pour rassurer sur les progrès accomplis. Mais vous savez mieux que moi que si les initiateurs de ces centres d’enfouissement sont si pressés de voir aboutir leur projet, c’est parce qu’ils ont bien conscience que le cahier des charges définissant les règles à respecter a toutes les chances de devenir plus exigeant et plus drastique dans les années à venir, preuve que tous les risques liés à ce genre d’installation, n’ont pas été, pour l’heure, totalement écartés.

 

Je ne suis pas un scientifique et je n’ai aucune qualité pour prétendre détenir telle ou telle vérité, mais je sais que les déchets en provenance de l’industrie sont parfois composés de métaux lourds dont les seuls noms font frissonner : mercure, plomb, cadmium, nickel, zinc, etc., indésirables parce que potentiellement dangereux en cas d’infiltration dans les failles souterraines. Aussi comment peut-on approuver l’enfouissement de ces matériaux  dans un sol dont on sait qu’il n’est pas aussi étanche qu’on veut bien le dire – dolines, mardelles à proximité - ni exempt de secousses telluriques (cf tremblement de terre de 2003) avec les conséquences que l’on peut redouter : pollution des nappes phréatiques et des rivières environnantes coulant en contrebas, atteintes à la biodiversité de tout un secteur…

 

Ce qui inquiète davantage encore, c’est que selon certains observateurs, la capacité d’exploitation prévue sur le site de Villoncourt est surdimensionnée. Car depuis quelques années, et c’est heureux, la production des déchets ménagers dans notre département connaît une baisse progressive, grâce notamment à la généralisation du tri adoptée par un grand nombre de municipalités et de collectivités. Or, comme il faudra atteindre, en tout état de cause, les objectifs de rentabilité qui auront été fixés, cela signifie que, ou bien on fera venir d’autres départements les tonnages de déchets manquants, ou bien on complètera l’activité du centre par des milliers de tonnes de déchets industriels avec ce qu’ils comportent de risques en termes de toxicité et de pollution…

J’ai du mal à comprendre, Madame, que vous puissiez approuver un projet de cette nature et dans ces conditions. C’est en effet l’activité d’enfouissement des déchets en tant que telle - que vous préconisez ailleurs parce que c’est un choix facile et qui vous arrange - qui est contestable et qui suscite les craintes. Pour ma part, je souhaite ardemment qu’on en finisse avec ce genre de pratique qui me paraît d’un autre âge – à Ménarmont , à Villoncourt et ailleurs - et que l’on mette en œuvre des solutions mieux adaptées et moins pénalisantes pour notre environnement et notre qualité de vie…

Alors de grâce, épargnez-nous vos leçons de solidarité et de « Madame « La Vertu » et permettez-moi de vous encourager à œuvrer sans répit et de toutes vos forces pour que les habitants de votre canton puissent vivre enfin dans la quiétude et la sécurité, sans vous hâter de « refiler » généreusement et sans état d’âme « le bébé » aux populations du canton voisin.

 

A l’heure où les grands de ce monde se réunissent pour des « Grenelle » de  l’environnement (à Kyoto ou à Copenhague) pour adopter de nouvelles dispositions, fixer d’autres règles, préconiser d’autres comportements, destinés à lutter contre le réchauffement de la planète, réduire les gaz à effet de serre, limiter et prévenir les pollutions de toutes sortes, préserver la qualité de l’eau, convenez que la gestion des déchets ménagers et industriels constitue un enjeu majeur de notre siècle parce qu’elle procède de la salubrité et de la santé publiques. Pourquoi dès lors confier un domaine aussi sensible à des intérêts privés dont l’objectif prioritaire est de faire de confortables profits qui, s’ils étaient connus des citoyens ordinaires que nous sommes, pourraient apparaître vertigineux, voire indécents…

C’est à l’Etat et aux pouvoirs publics qu’il revient de piloter et d’assurer la maîtrise de l’ensemble de la filière déchets. C’est le rôle de l’Etat que de rechercher et de mettre en œuvre des alternatives cohérentes et plus appropriées, et donc moins dangereuses pour les populations avoisinant les sites d’exploitation.

A l’évidence, c’est une véritable volonté politique qui semble faire défaut sur un sujet aussi délicat. En effet, à la question que je me posais sur le sentiment qui serait celui de nos politiques si on leur apprenait à brûle-pourpoint l’ouverture d’un centre d’enfouissement à deux pas de leur domicile, même si vous vous êtes sentie, à tort, concernée par la remarque, ce n’est bien évidemment pas aux maires des communes concernées ni aux conseillers généraux en charge de ces cantons auxquels je faisais allusion, eux qui vivent au cœur des populations riveraines, mais précisément, pourquoi le cacher, à notre président de Conseil Général et à notre député qui, eux, préservés qu’ils sont des vicissitudes liées à l’activité présente ou future de ces centres de stockage, n’ont, parfois, pour toutes réponses aux interrogations et aux craintes qui viennent à leur être formulées : « Les déchets, il faut bien qu’on les mette quelque part… » ou « Je sais, personne n’en veut de ces déchets… mais je ne suis pas technicien et j’ignore quelle est la meilleure solution… »  Dérobades significatives d’une implication défaillante venant de ceux qui ont en charge le fonctionnement de nos institutions et qui, à bien des égards, sont les garants de notre sécurité.

 

Aussi je me permettrai de vous poser une ultime question : « Avez-vous, Madame, en votre qualité d’élue cantonale concernée à double titre par la gestion des déchets, participé à des colloques, congrès, séminaires ou autres pôles de réflexion traitant de ce sujet, animés par des experts reconnus, afin de rechercher des solutions alternatives à celle de l’enfouissement qu’il serait possible et souhaitable de promouvoir parce que moins dommageables et moins nocives pour notre environnement et pour notre santé ? Et si ces autres voies existent, avez-vous pris l’initiative de les faire connaître à vos pairs du Conseil Général et à les vulgariser auprès de vos électeurs ?

Et si d’aventure, au bout du compte, parmi les arguments qui pourraient être avancés pour « dissuader » l’éventuelle mise en application de ces alternatives figurait celui, si convenu, d’un coût trop onéreux, sachez que j’aurais quelque difficulté à l’entendre : les milliards d’euros débloqués par l’Etat début 2009, au cœur de la crise financière, pour venir en aide à nos banques au bord de l’asphyxie, les centaines de millions d’euros nécessaires à l’acquisition des vaccins et à l’organisation de la campagne de vaccinations pour lutter contre la grippe H1 N1 démontrent que lorsque les enjeux le justifient, les problèmes de financement ne sont même pas évoqués…

 

C’est pourquoi, c’est bien de votre responsabilité et de votre rôle d’élue que d’inciter nos gouvernants ainsi que les responsables politiques du département, avec toute la conviction et les arguments nécessaires, à reconsidérer l’ensemble de la gestion et de l’élimination de nos déchets en s’emparant de la maîtrise d’exploitation, en imposant de nouveaux modes de conditionnement, plus simples et plus économes, en généralisant et perfectionnant les opérations de tri, en recherchant et en adoptant des solutions novatrices et plus propres, peut-être appliquées dans d’autres pays et jugées, en tout état de cause, plus satisfaisantes que celle de l’enfouissement

 

C’est pour cela aussi, me semble-t-il, que vous avez reçu, Madame, la confiance des électeurs…

 

Je vous prie d’agréer, Madame la Conseillère Générale, l’expression de mes respectueuses salutations.

 

 

            Christian

Par CADEMOVI
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